Rupture avec le Qatar

Accusant Doha de déstabiliser la région par son appui au terrorisme, l’Arabie saoudite, l’Egypte, le Yémen, les Emirats arabes unis et Bahreïn rompent avec le Qatar.

Le Yémen s’est joint le 5 juin aux quatre pays arabes qui ont annoncé la veille la rupture de leurs relations diplomatiques avec le Qatar du fait de son soutien à l’Etat islamique, Al-Qaïda et les Frères musulmans, et de sa proximité avec le régime iranien.

Conséquences de ce boycott sans précédent décidé par ces cinq pays sunnites du Moyen-Orient dans le sillage de la visite à Ryad, le 21 mai dernier, du président Trump qui avait appelé à « chasser les extrémistes et les terroristes de la région » et prôné « d’isoler l’Iran » : les citoyens qataris ont deux semaines pour quitter l’Arabie saoudite, les Emirats et Bahreïn, tout déplacement au Qatar étant désormais prohibé pour les ressortissants de ces trois pays. Quant aux diplomates qataris, ils n’ont que 48 heures pour quitter lesdits pays. De surcroît, alors que l’Egypte fermait ses frontières aériennes et maritimes avec Doha, l’Arabie saoudite et Bahreïn ont annoncé la suspension de toutes les liaisons terrestres, aériennes et maritimes avec l’émirat.

Cerise sur le gâteau : le Qatar – qui est censé accueillir en 2022 le Mondial de football – a été aussi exclu de la coalition militaire arabo-sunnite qui combat depuis deux ans les rebelles pro-iraniens houthis au Yémen.

L’agence de presse saoudienne SPA a accusé le Qatar de soutenir les activistes pro-iraniens au sein de la population majoritairement chiite du Katif, à l’est de son vaste territoire, ainsi qu’au Bahreïn. Quant à l’agence officielle de presse égyptienne, elle a affirmé que « la politique du Qatar menace la sécurité de la nation arabe et sème un vent de querelle et de division au sein des sociétés arabes ».
Retombée immédiate de ce boycott : une forte baisse de 5,7 % a été enregistrée le 5 juin au matin dès l’ouverture de la Bourse de Doha, la compagnie Vodafone Qatar subissant une baisse de 8,9 % et la Qatar National Bank une chute de 4,6 %.

Le ministre des Affaires étrangères qatari devait dénoncer « un train de mesures injustifiées (…) dont l’objectif évident est de placer le Qatar sous tutelle, ce qui constitue une violation totalement inacceptable de sa souveraineté ».

Intervenant après certaines rumeurs diffusées ces derniers jours sur le fait que plusieurs grands pays sunnites (dont l’Egypte et l’Arabie Saoudite) ont exercé de « fortes pressions » sur Doha pour exiger l’expulsion des dirigeants internationaux du Hamas et des Frères musulmans – en critiquant aussi le rôle incitatif à la violence joué par la télévision qatarie Al-Djézirah -, cette rupture se double d’une autre crise relative aux liens très rapprochés de Doha avec l’Iran que les dirigeants qataris considèrent comme un allié stratégique… au moment même où Ryad vient d’accuser Téhéran d’être « le fer de lance du terrorisme ».

Rappelons aussi qu’en 2014, l’Arabie, Bahreïn et les Emirats, membres du Conseil de Coopération du Golfe (créé en mai 1981 à l’initiative de Riyad au cœur de la guerre Irak-Iran) avait appelé le Qatar à suspendre son soutien à la confrérie des Frères musulmans – dont était membre l’ex-président égyptien, Mohammed Morsi, destitué un an plus tôt par l’armée du général Sissi.

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