Peut-on résoudre le problème palestinien ?

Petit lexique des propositions de règlement du conflit israélo-palestinien depuis 1967

A l’opposé de son prédécesseur, Barack Obama, qui a préconisé pendant huit ans le fameux crédo diplomatique international de la « solution à deux Etats », le nouveau président américain, Donald Trump, a tout simplement « donné le choix », le 15 février dernier, aux Israéliens et aux Palestiniens afin qu’ils négocient directement entre eux pour trouver ensemble une issue au conflit plus que centenaire qui les oppose, « avec un Etat ou bien deux Etats »…

A l’heure où ce brusque et spectaculaire retournement de situation secoue la scène internationale, le monde arabe, la classe politique israélienne et la rue palestinienne, Haguesher revient sur les principales tentatives de règlements qui n’ont débouché sur rien lors des 5 dernières décennies. Et ce, en raison du refus obstiné du leadership arabo-palestinien qui, depuis 1967, n’a pas raté une seule occasion… de ne pas saisir une dizaine au moins d’occasion de paix, sans jamais faire de contre-proposition sérieuse pour sortir de cette impasse !

Le terme « processus de paix israélo-palestinien » doit être pris de façon très générale. En effet, depuis le début du 20ième siècle, le mouvement sioniste s’est battu pour établir un « foyer national juif » en Eretz Israël, pendant que, face au déclin du joug de l’Empire Ottoman, les provinces arabes exprimèrent une volonté d’indépendance de plus en plus marquée.

Or il n’y avait pas alors de Palestine, les intérêts des Arabes de cette région ayant été pris en charge par des monarques arabes tels Fayçal, roi de la Grande Syrie puis par les rois Abdallah et Hussein de Jordanie. Des accords successifs ont donc été passés avant 1948 entre les représentants des deux populations, mais aucun n’a eu de suite.

On se souvient ainsi qu’en 1947, le Conseil de Sécurité de l’ONU vota la résolution 181 instaurant un Etat Juif à côté d’une Palestine arabe : or cette décision sera aussitôt rejetée par les pays arabes qui, sans attendre, déclarèrent la guerre aux Juifs pour détruire l’Etat d’Israël en formation. Les trois décennies suivantes seront donc surtout marquées par les guerres israélo-arabes, et assez peu de propositions d’entente.

Dans ce lexique plus ou moins chronologique , nous énumérons donc différentes tentatives de règlements comportant à la fois des plans israéliens ou internationaux de paix, des « plans intérimaires », ainsi que des plans relatif au « statut final » pour un partage territorial fondé soit sur deux Etats, soit sur un seul Etat.

• Le « Plan Allon »

Conçu par le général israélien Yigal Allon à la fin juin 1967, à l’époque où il était vice-Premier ministre juste après la Guerre des Six-Jours, ce plan prévoyait l’annexion par Israël de Jérusalem et d’une grande partie de ses environs – dont la région du Goush-Etsion -, scindait la Judée-Samarie (Cisjordanie) en deux grandes zones, en attribuant toute la vallée du Jourdain et l’est de la Judée à Israël, le reste revenant à la Jordanie en tant que « territoires palestiniens autonomes ». Il proposait aussi la création d’un Etat druze sur le Plateau du Golan, ainsi que le retrait israélien de presque toute la presqu’île du Sinaï au profit de l’Egypte.

Comme Allon estimait que, à l’inverse de ce qui s’était passé en 1947-1948, les Palestiniens ne quitteraient pas leurs localités pour les Etats voisins, la solution serait l’évacuation par Israël des zones palestiniennes densément peuplées en Cisjordanie et à Gaza censées devenir des enclaves « autonomes » et le renoncement à toute prétention de souveraineté israélienne sur ces régions, tout le reste étant annexé à l’Etat juif qui contrôlerait la vallée (très stratégique) du Jourdain et les frontières de Gaza. Cela devait permettre à Israël de résoudre le problème démographique et le problème démocratique, tout en étendant au maximum sa superficie. Mais ce plan fut rejeté par le roi Hussein de Jordanie.

• Les trois « non » du sommet arabe de Khartoum

Dans la droite ligne de ce refus du Plan Allon, les pays membres de la Ligue arabe réunis en septembre 1967 à Khartoum au Soudan repoussèrent avec un triple « non » les trois propositions complémentaires du gouvernement israélien d’ouvrir des pourparlers de paix et de reconnaître l’Etat d’Israël en échange d’un retrait des territoires contrôlés par Tsahal trois mois plus tôt lors de la fulgurante Guerre des Six-Jours. « Non à des négociations ! Non à la reconnaissance d’Israël ! Et non à la paix ! », répondirent-ils à l’unisson. Un refus total de l’existence d’Israël qui se traduisit dans les faits par la recrudescence des infiltrations terroristes et des attentats sanglants palestiniens, et surtout par la préparation, de concert avec l’ex-URSS, de l’agression-surprise de la Guerre de Kippour d’octobre 1973 pour affirmer concrètement sur le terrain ce triple « non à Israël »…

• Les accords israélo-égyptiens de Camp David

En 1977, Sadate se rend à Jérusalem pour proposer une paix bilatérale entre son pays et Israël. Chapeautés par les Etats-Unis de Jimmy Carter, les accords de Camp David sont signés en 1978. Outre la paix entre les deux pays, ils incluent une proposition pour résoudre la question palestinienne. Bien que l’Egypte entendait s’ériger en représentante de la cause palestinienne, la légitimité appartenait alors déjà à l’OLP de Yasser Arafat qui refusa catégoriquement de rejoindre ces pourparlers. Cette proposition de paix avancée sans l’un des principaux intéressés n’aboutira donc pas. Mais bien des idées présentes dans les accords de Camp David seront reprises dans les propositions de paix ultérieures, notamment celles du « processus d’Oslo ».

• Les accords intérimaires d‘Oslo I et II, puis Wye I et II

En 1991, après la 1ère Guerre du Golfe, le président George Bush appelle Israéliens et Palestiniens à dialoguer directement pour la 1ère fois lors de Conférence de paix de Madrid à la fin octobre 1991 qui fut parrainée par Washington et Moscou. Freinées par de nombreux désaccords, ces négociations israélo-palestiniennes sporadiques se poursuivront presque deux ans à Washington sans grand résultat.

Mais le 13 septembre 1993, après 6 mois de négociations secrètes et directes menées à Oslo, Israël et l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) se reconnaissent mutuellement et signent à Washington, devant le président Bill Clinton, la « Déclaration de principes » portant sur une autonomie palestinienne transitoire de 5 ans, censée être suivie par la création d’un Etat palestinien indépendant. L’Autorité Palestinienne (AP) dirigée par Yasser Arafat sert de gouvernement. Après la fameuse « poignée de main historique » sur les pelouses de la Maison Blanche entre le Premier ministre israélien, Itzhak Rabin, et le chef palestinien, Yasser Arafat, les parties entérinent le 4 mai 1994 au Caire l’accord sur l’autonomie de « Gaza et Jéricho d’abord », suite à quoi Israël évacue 70 % de la bande de Gaza et l’enclave de Jéricho. Ensuite – malgré de très sanglants attentats palestiniens au cœur d’Israël –, l’accord Oslo II est signé à Washington le 28 septembre 1995 prévoyant le retrait israélien des grandes villes arabes et la division de la Judée-Samarie en 3 grandes zones (A, B et C). Le début des négociations sur le statut définitif des territoires est alors fixé au 4 mai 1996 au plus tard, mais l’assassinat de Rabin en novembre 1995, son remplacement par Netanyahu et la multiplication des attaques terroristes empêchent ce rendez-vous.

Toutefois, le 23 octobre 1998 à Wye Plantation (USA), les parties signent un autre accord intérimaire sur un nouveau retrait israélien de 13 %, dont 95 % de la ville de Hébron, et sur la libération de détenus palestiniens.
Enfin, le 4 septembre 1999, le nouveau Premier ministre, Ehoud Barak, et Yasser Arafat signent le mémorandum de Charm-al-Sheikh (Wye II). Des négociations sur le statut final démarrent en novembre mais sans résultats…
Tout le processus d’Oslo repose sur la formule boiteuse « les territoires en échange de la paix », mais alors qu’Israël, appliquant ces accords à la lettre, se retire de plus en plus de zones en Judée-Samarie (dès 1998, l’AP contrôlera 93 % de la population palestinienne), l’AP et Arafat s’en servent comme d’un Cheval de Troie pour déstabiliser l’Etat juif par leurs incessantes attaques terroristes qui feront près de 1 500 morts et plus de 5 000 blessés israéliens…

• Le sommet de Camp David et son épilogue à Taba

Du 11 au 25 juillet 2000, au sommet de Camp David (USA), Ehoud Barak fit l’offre la plus généreuse jamais proposée aux Palestiniens en voulant échanger, contre la signature par Arafat de la « fin du conflit », un retrait israélien de 95 % de la Judée-Samarie et Gaza, la partition de la Vieille Ville Jérusalem selon une double « souveraineté verticale » et l’unification des familles en vue du retour d’une partie des réfugiés palestiniens. Or Arafat refuse… parce qu’en chef de guerre, il avait déjà planifié la 2ième Intifada portant le nom de la mosquée Al-Aqsa. Toutefois en janvier 2001, les parties se retrouvent à Taba (Egypte) pour lister les « paramètres Clinton » (un plan de paix refaçonné par le président américain), mais sans déboucher sur un accord.

Alors qu’en février, Sharon remplace Barak, la Commission d’enquête internationale sur les causes de l’Intifada (créée au sommet raté de Charm El Cheikh d’octobre 2000) appelle en mai 2001 à l’arrêt « sans conditions » de toutes les violences et au « gel des colonies » avant toute reprise des négociations. En juin, le directeur de la CIA, George Tenet, vient dans la région pour promouvoir la reprise de la coopération sécuritaire entre les deux parties. Deux initiatives sans suite.

• L’Initiative de paix saoudienne

Le sommet arabe de Beyrouth adopte le 28 mars 2002 « l’Initiative de paix saoudienne » proposant une normalisation des relations des pays arabes avec Israël en échange d’un retrait des territoires disputés et du règlement de la question des réfugiés palestinien. Israël se dit prêt à en discuter.

• La « solution à deux Etats », la FDR et l’Initiative de Genève

Pour la 1ère fois, le président George Bush évoque dans son discours du 24 juin 2002 « la solution de deux Etats (Israël et la Palestine) pour deux peuples vivant en paix côte à côte ». Puis en décembre 2002, une Feuille de Route (FDR) rédigée par le Quartet (USA, Russie, Union européenne – UE – et ONU) prévoit la création en 3 phases d’un Etat Palestinien avant 2005 et est publié le 30 avril 2003. La 1ière phase – censée s’achever en mai 2003 – est lancée le 4 juin au sommet d’Aqaba en Jordanie, mais les discussions piétinent à nouveau et l’application de ce plan est interrompue , après la démission en septembre du 1ier ministre de l’AP, Mahmoud Abbas.

Le 1er décembre 2003, des personnalités israéliennes et palestiniennes – dont l’ex-ministre israélien de la Justice, Yossi Beilin, et l’ex-ministre AP de l’Information, Yasser Abed Rabbo, présentent un plan de paix alternatif : l’Initiative de Genève qui sera soutenue par des pays de l’UE puis par les USA. Sans avoir le statut des accords officiels et donc écartée par le gouvernement Sharon, cette initiative veut résoudre les problèmes de Jérusalem, des localités juives et des réfugiés – un accord sans suite.

Le 19 novembre 2003, l’ONU adopte la Résolution 1515 approuvant la FDR. Cinq jours après, Sharon annonce son plan de désengagement unilatéral de Gaza qui, après une rencontre sans suite à Charm-al-Cheikh en février 2005 avec Abbas, sera appliqué le 2 septembre suivant.

• La conférence d’Annapolis et ses développements

A Annapolis (USA), suite à l’invitation de G.W. Bush, Israéliens et Palestiniens – entourés de représentants de pays arabes – conviennent le 27 novembre 2007 de tenter de parvenir à un accord de paix d’ici à la fin 2008. Des négociations commencent le 12 décembre 2007 avec plusieurs entretiens « secrets » entre Abbas et le 1er ministre Olmert qui lui propose une division de Jérusalem et une gestion internationale des Lieux saints. Abbas refuse, puis Olmert doit démissionner…
A noter aussi que le 14 juin 2009, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a accepté pour la 1ère fois, le 14 juin 2009 dans son discours de Bar-Illan, l’idée d’un Etat palestinien, mais démilitarisé et à souveraineté limitée.

Quelques autres plans… sans suite

Considérant que la Judée-Samarie est inexorablement liée à Israël et que le nationalisme des deux peuples rend inviable une « solution à un Etat », plusieurs types de plans alternatifs ont aussi été proposés lors des dernières décennies :

  • Fédération israélo-palestinienne : sorte d’entité internationale au plan régional basée sur deux Etats séparés, mais ayant un gouvernement fédéral commun siégeant à Jérusalem et auquel participent de manière égale Israéliens et Palestiniens.
  • Confédération israélo-palestinienne : entité régionale comprenant deux Etats séparés, mais ayant une politique économique et de Défense commune.
  • Confédération israélo-jordano-palestinienne, une idée avancée dans les années 1990 par le Prince Hassan, frère du roi Hussein de Jordanie ?
  • L’option jordanienne (Jordan is Palestine) : d’abord soutenu dans les années 1980 par Sharon, puis présenté en 2008 par Benny Elon (député du cartel de droite Union nationale-Moledet) comme proposition pour le statut final, ce plan prévoit la dissolution de l’AP, la destruction des infrastructures terroristes, le démantèlement des camps de réfugiés palestiniens, des déplacements et échanges de populations, ainsi que le développement économique et la reconnaissance de la Jordanie (où 75 % des résidents sont déjà palestiniens) comme l’Etat national des Palestiniens. Israël exercera dès lors sa souveraineté sur la Judée-Samarie et Gaza, dont les habitants arabes seront des citoyens jordaniens. Quant aux Arabes d’Israël refusant de se déclarer loyaux envers l’Etat juif, ils pourront exercer leurs droits politiques au sein du parlement d’Amman. Après quoi, Israël et la Jordanie palestinienne déclareront la fin du conflit.
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