La Turquie n’a cessé de jeter de l’huile sur le feu de la crise à Jérusalem

Mue par ses débordantes ambitions islamistes régionales; la Turquie n’a cessé de jeter de l’huile sur le feu de la crise à Jérusalem.

Le président turc, Recep Erdogan, a exploité les événements du mont du Temple pour propager son antisionisme et son antisémitisme. Mais jusque-là, les réponses d’Israël – qui a signé l’an dernier un accord de réconciliation avec la Turquie – n’ont été que verbales…

S’exprimant à la fois comme président de l’Organisation de la Conférence islamique (OCI) et comme N° 1 turc, Erdogan a mené depuis deux semaines une offensive sans précédent contre Israël en accusant notamment ses forces de sécurité d’un « usage excessif de la force » lorsque, redoutant trop d’incidents violents, elles bouclèrent le 22 juillet dernier sur ordre du gouvernement l’entrée de l’Esplanade des Mosquées : « L’OCI fut fondée en 1969 à l’occasion d’une attaque contre Al-Haram Al-Sharif [le mont du Temple en Veille Ville de Jérusalem-Ndlr], a-t-il rappelé en transmettant ses condoléances aux trois victimes palestiniennes des dernières échauffourées qu’il a qualifiées – comme Yasser Arafat en son temps ! – de ‘shahids’ (martyrs), et aujourd’hui le monde islamique se tient aux côtés de nos frères palestiniens dans le même esprit d’unité et de solidarité. Nous poursuivrons nos efforts pour faire lever les restrictions d’accès à la mosquée Al-Aqsa en coordination avec le Waqf islamique, le président de l’AP, Ma’hmound Abbas, et le roi de Jordanie, Abdallah I ». Le porte-parole d’Erdogan devait même préciser dans une conférence de presse ultérieure : « Al-Aqsa n’est pas toute seule : elle appartient non à Israël, mais aux Palestiniens et à tous les Musulmans qui doivent pouvoir s’y rendre en masse chaque fois qu’ils le souhaitent ! (…) Les Musulmans doivent assumer leur responsabilité pour défendre Jérusalem, et ce afin de déstabiliser toute légitimité israélienne sur cette Esplanade ! ».

Appel à « une mobilisation musulmane » régionale !

Détail sémantique intéressant qui illustre bien le fait qu’Erdogan s’est pleinement servi de cette crise pour tenter d’attiser le Djihad religieux à l’échelle de toute la région, à commencer dans la rue palestinienne : presque à chaque fois qu’il parlait de la mosquée A-Aqsa, il a préféré utiliser le terme de « Musulmans » au lieu de « Palestiniens »… Allant plus loin encore, il devait déclarer le 25 juillet que « la capitale légale d’Israël est Tel-Aviv et non Jérusalem, qui est sacrée pour les trois religions ».

Fait encore plus significatif montrant qu’Erdogan s’est précipité pour surfer sur cette crise afin d’élargir sa stratégie de propagandiste de l’islam : « Toute mesure de restriction concernant l’entrée des Musulmans à la mosquée Al-Aqsa est inacceptable, a-t-il dit. La protection du caractère islamique et de la sainteté d’Al-Qods et du complexe d’Al-Haram Al-Sharif est essentielle pour tout le monde musulman, qui ne peut demeurer silencieux ! ».

Il faut comprendre que ce ne sont pas seulement là des motivations religieuses de la part d’Erdogan, mais bel et bien l’illustration d’une stratégie régionale : en promouvant ainsi l’agitation contre Israël, Ankara a intérêt à promouvoir un large courant de sympathie pro-turque chez les Palestiniens qui pourrait déstabiliser la Jordanie dans son rôle de « gardien moral » de l’Esplanade des Mosquées. Et ce, afin de promouvoir l’idéologie islamiste radicale du Hamas et des Frères musulmans sunnites qui lui tient tant à cœur – ce qu’on avait déjà constaté en mai 2010 au moment de l’incident de la flottille de Gaza et du bateau Marmara affrété par une organisation musulmane extrémiste turque.

Or depuis 2010, Erdogan s’est doté de moyens bien plus efficaces pour appliquer sa stratégie : grâce au consulat turc, de plus en plus actif dans la partie-Est de Jérusalem, il fait organiser différents événements « culturels et religieux », tout en chapotant d’importants fonds d’aide sociale distribuée aux nécessiteux palestiniens par l’intermédiaire d’organisations féminines et de mouvements de jeunesse musulmans.

Back to Top