La position ambiguë de la Jordanie pendant la crise du mont du Temple

Engagé avec Israël et les Etats-Unis dans des accords « secrets » de sécurité pour maintenir sa propre stabilité, mais très à l’écoute des protestations populaires anti-israéliennes de plus en plus nombreuses dans le royaume hachémite, le régime du roi Abdallah a lui aussi dû gérer cette crise en naviguant entre plusieurs écueils…

Malgré le fait que depuis plus d’une décennie, le Wakf – l’autorité religieuse islamique gérant l’Esplanade des Mosquées en Veille Ville de Jérusalem – soit aux mains de l’Autorité palestinienne (AP) -, la Jordanie a toujours gardé un droit de regard « moral » sur ce complexe des quatre mosquées, dont celle d’Al Aksa, appelé Al-Haram Al-Sharif par les Musulmans.

Voilà pourquoi, dès que les émeutes aient pris une certaine ampleur, voilà deux semaines après qu’Israël ait décidé d’installer des détecteurs de métaux aux entrées du mont du Temple, une concertation triangulaire s’est très vite mise sur pied entre Jérusalem, Amman et Washington pour tenter de trouver une issue à cette crise. Une coopération dont le roi Abdallah et le Département d’Etat américain se sont ensemble félicités.

Il faut dire que du fait du gros danger de voir la guerre civile syrienne « déborder » sur la Jordanie – notamment parce que les milices sunnites anti-Assad se fournissent en armes transitant par la Jordanie ainsi que par l’Irak, et aussi parce qu’elles constituent un facteur très déstabilisant aux portes du royaume hachémite au sein duquel les Frères musulmans locaux et les Djihadistes ne cessent de se préparer la chute d’Abdallah -, voilà déjà plusieurs années que des officiers américains et israéliens forment ensemble, en Jordanie même, les forces de l’ordre et les troupes du royaume à la contre-guérilla.

Règlement rapide de l’incident à l’ambassade d’Israël à Rabat-Amon

Comme on le sait, les protestations allant crescendo à Jérusalem se sont doublées la semaine dernière de l’incident lors duquel un garde israélien a dû ouvrir le feu dans l’une des dépendances de l’ambassade de l’Etat hébreu contre un menuisier qui l’avait assailli avec un tournevis. Il a été aussitôt arrêté par la police jordanienne en violation avec les conventions internationales protégeant le personnel diplomatique.

Mais saisissant l’occasion de cet incident pour le lier à la crise sur le mont du Temple et tenter de déboucher sur un double compromis, le Premier ministre Netanyahou devait s’entretenir par téléphone, moins de 24 heures après, avec le roi Abdallah en mettant au point l’apparente issue de cet imbroglio : la Jordanie libèrerait le garde israélien en rapatriant aussi la délégation diplomatique israélienne, pendant qu’Israël retirerait les détecteurs de métaux sur l’Esplanade des mosquées. Ce qu’Amman et Jérusalem firent de concert le lendemain… avant que les choses se compliquent, en Israël tout comme en Jordanie.

Fait illustrant la priorité donnée par les deux pays à cette coopération entre les deux Etats fortement encouragée par Washington : les leaders palestiniens se sont plaints en fin de semaine dernière que le roi Abdallah ne les avait même pas tenu au courant « en temps réel » des décisions arrêtées avec Israël pour sortir de cette double crise. En fait, ils en ont été avertis par Jérusalem…

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