Pourquoi ce « success story » israélien ?

Comment se fait-il que 8,5 millions d’Israéliens vivant depuis presque 70 ans dans un pays en constant état de guerre sur un territoire plus exigu que l’île australienne de la Tasmanie ont-ils pu produire plus de start-up que le Japon, l’Inde, la Corée du Sud, le Canada et la Grande-Bretagne réunis, et concentrer plus de 10 % de l’industrie cybernétique mondiale ? Le tout en transformant le désert en paradis vert où vergers et potagers ont révolutionné tous les procédés d’irrigation en terre aride ?

Voici la réponse originale en trois points proposée par le journaliste économiste Harold Mitchell dans les colonnes du Sydney Morning Herald australien…

D’abord la « motivation à l’Israélienne » est la clé de voûte de la survie de son peuple. Surtout dans un pays d’immigration où des habitants venant de quelque 93 ethnies et origines différentes ont en commun l’objectif et le goût de bâtir ensemble une nation sûre et prospère. Une motivation renforcée et mieux structurée, dès la fin de l’adolescence, par le service militaire obligatoire dans Tsahal (3 ans pour les garçons et d2 ans pour les filles), véritable « école de la vie » pour tous les jeunes Israéliens qui en ressortent bien plus mûrs que les jeunes Occidentaux…

Et puis, il y a aussi l’influence positive de la très forte culture familiale israélienne qui permet ensuite aux jeunes entrepreneurs et innovateurs d’édifier leurs business sur des valeurs, un franc-parler et un sens de la décision partagés dès le plus jeune âge au sein de la cellule familiale. On sait que de nombreux hommes d’affaires perdent la plupart de leur temps à s’entre-déchirer parce qu’ils ne parviennent pas à bien cerner leurs dilemmes. « Or il existe, nous explique simplement Harold Mitchell, des familles, des compagnies et des nations qui savent parfaitement le faire ».

Enfin, l’anti autoritarisme naturel qui a cours en Israël dans la population fait que ses citoyens ne sont pas trop intimidés par leur boss au travail ni par leur gouvernement, quel qu’il soit ! Or chacun doit savoir que tous ceux qui ne veulent être entourés – en famille et au travail – que par des gens absolument d’accord avec eux, foncent tout droit vers la faillite… « Cette carence ne précipita-t-elle pas prématurément la chute du grand Napoléon Bonaparte, fait remarquer Harold Mitchell… Tout comme elle pourrait le faire pour tous les leaders politiques et économiques qui n’ont pas la capacité d’écouter des points de vue différents des leurs… ».

C’est là que notre journaliste australien au regard resté encore assez frais – contrairement aux préjugés véhiculés sur Israël par bien de ses confrères – cite ce qu’il appelle un « exemple probant » de sa démonstration découvert lors de sa visite à l’Hôpital Hadassa de Jérusalem où travaillent certains des plus grands cardiologues de la planète : « Le Pr. Haïm Lotan, qui fut le médecin du regretté Shimon Pérès, m’a demandé si je voulais être témoin de deux opérations ‘à cœur ouvert’ réalisée au moment de ma visite dans son hôpital. Dans le bloc chirurgical de droite, on opérait ainsi un vieil homme juif et dans celui de gauche un jeune bébé palestinien de 12 mois. Or, au sein des deux équipes qui réalisaient ces deux interventions si délicates, on comptait – malgré ce fameux ‘mur’ qui dresse tous les uns contre les autres et qui sépare les Palestiniens des Israéliens – autant de personnel juif qu’arabe. C’est, me diriez-vous, ce que l’on peut légitimement escompter de docteurs et d’infirmiers en milieu hospitalier ! Mais ce qui m’a tellement frappé, c’est que dans ces deux blocs silencieux où se jouaient deux vies humaines, les animosités a priori insurmontables agitant le monde extérieur avaient perdu toute signification. Et cette coopération si inattendue a fait que ces deux malades, à l’âge et à l’origine si différents, ont justement pu survivre… au-delà de tout ce qui divise ce pays. J’invite donc sincèrement les leaders qui dirigent ce monde à venir faire un petit tour du côté de l’Hôpital Hadassa ! ».

Et Mitchell de conclure : « Nous avons tellement à apprendre d‘Israël quand ce pays tente si audacieusement – et en prenant tant de risques – de réduire les inégalités qui y sévissent et d’introduire des régulations économiques salutaires, en augmentant parallèlement ses investissements directement productifs et son capital humain. Le secteur technologique israélien – qui emploie aussi bien des ultra-orthodoxes juifs que des Palestiniens – réalise ainsi 18 % du Produit intérieur brut et le tiers des exportations de ce pays resté toujours neuf ! ».

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